Le Journal des cinq saisons

Le Journal des cinq saisons

Rick Bass

Le journal des cinq saisons. Un titre en forme d’énigme qui reprend une réalité on ne peut plus tangible de la vie du Montana : entre la rudesse glaciale de l’hiver et l’explosion du printemps se glisse une cinquième saison, la ” Saison brune ” où les glaces ont déjà fondu pour se transformer en boue mais où la végétation n’a pas encore repris ses droits. Cet ouvrage est le témoignage le plus abouti et le plus mature que Rick Bass livre de sa vie dans la vallée du Yaak. De mois en mois il relate son quotidien dans un journal de bord personnel, mais jamais intime, parce qu’il écrit non pas seulement le compte-rendu minutieux de sa vie – des vicissitudes de la neige qu’il faut retirer du toit qui sinon pourrait s’effondrer à une lutte solitaire contre l’incendie qui menace sa maison, en passant par la chasse ou la pêche, les innombrables randonnées solitaires ou familiales, la recherche du parfait sapin de Noël…, mais aussi et surtout le récit d’un lieu. Devant le Yaak, l’écrivain s’efface, et sa parole attentive, volontiers détailliste, se fait poésie. Sans lyrisme pourtant, sans aucune grandiloquence, une poésie simple, travaillée par le quotidien, qui arrache par avance à l’oubli une terre menacée par l’exploitation forestière. Le propos n’est pas ici – au contraire d’autres textes – ouvertement militant, mais inexorablement descriptif et amoureux. On y comprend les mécanismes d’une disparition programmée, la chaîne des événements qui mènent de la rapacité aveugle à la destruction d’un des derniers fiefs de la nature sauvage aux États-Unis. Rick Bass chante aussi la vie : le plaisir sensuel de la marche, des cueillettes, du spectacle toujours renouvelé d’une vallée à l’écosystème incomparable. Il tisse par exemple des liens, inattendus et violemment suggestifs, entre les bois enchevêtrés des andouillers des cerfs et les branchages inextricables d’arbres millénaires ; ou entre l’incendie végétal des épervières qui dévorent le paysage et les feux de forêt… Tel un Thoreau contemporain, il nous donne à voir, il nous fait toucher du doigt ce que nous risquons de perdre, et la mélancolie discrète le dispute à l’indignation passionnée.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Marc Amfreville.

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